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Pour fêter sa dixième année d'existence, Côté court revient sur les moments forts de ses précédentes éditions en programmant une sélection de courts métrages qui ont marqué l'histoire du festival. Que dessine cette photo de famille ? En aucun cas un panorama représentatif du court métrage français. À la naissance de ce festival, benjamin de beaucoup d'autres, nous n'en étions plus à la défense du court comme espèce en voie de disparition. Une manifestation pouvait en priorité revendiquer des choix, une « ligne ». Là réside la personnalité de ce rendez-vous orchestré par Jacky Evrard : la mise en évidence d'une certaine idée du cinéma. Cette formule, empruntée ici à une manifestation qui, ce n'est pas un hasard, fit escale un temps à Pantin, est assez vague pour laisser entendre une direction, une sensibilité affirmée, et, dans le même mouvement, exclure tout dogmatisme a priori.
Il suffit de parcourir le copieux programme de ces Dix ans en courts... pour constater sa diversité. À moins de faire preuve d'une solide mauvaise foi, personne ne peut en effet affirmer que Hammam (Florence Miailhe) ressemble à Vers le silence (Philippe Ramos) et celui-ci à Les pieds sous la table (Marc-Henri Dufresne et François Morel)... Les quarante-six titres de cette sélection éveillent d'abord le souvenir de beaux moments de cinéma. La plupart de ces films ont été pensés pour s'inscrire d'abord sur un grand écran, en conscience du cinéma, à l'encontre d'une bonne part de la production qui semble nourrie au lait télévisuel.En même temps, aucun de ces films ne s'élève au-dessus de la mêlée, en inscrivant – certains en rêvent parfois – une rupture formelle franche et éclairante. Mais peut-être que la question ne passe plus par là aujourd'hui. S'inscrire dans une sphère réaliste-représentative, impose des marges de manœuvres moins élastiques que ce que permet la (parfois trop) grande liberté d'un cinéma non narratif ou non représentatif qui, visiblement, convainc peu le Festival de Pantin. La question n'est peut-être plus de rompre (avec quoi d'ailleurs, le centre est trop éclaté), mais de faire la preuve que, contrairement à ce qu'il est parfois dit ou écrit, après toutes ces images, au sein même du cinéma réaliste, on peut encore faire entendre la singularité de son timbre. Aussi cherchera-t-on en vain dans ce panorama, une famille de cinéastes, un mouvement convergent ou autre vague nouvelle. Là où une vue d'ensemble du court métrage laisse trop souvent le sentiment d'une sorte d'indifférenciation, d'anonymat dans l'expression, la sélection pantinoise réunit des auteurs. Ils ne se ressemblent pas, mais ce qui les rassemble est que très vite on reconnaisse tel ou tel à, c'est selon, la force d'un plan, la dynamique du montage, l'intonation des acteurs, l'univers dépeint...
Certains de ces cinéastes ont depuis atteint la renommée plus large qu'apporte la réalisation d'un long métrage. La tentation serait grande alors de saluer l'équipe de Pantin et son talent de découvreur. Ce serait mentir. Les Achard, Angel, Ozon, Cantet, Blanc, Mouret, Miret, Caumon, Lifshitz, Vignal et autres Zonca (liste non exhaustive) pourraient sans plus de pertinence être revendiqués par d'autres car, tel est le lot des courts métrages, leur diffusion passe d'abord par les festivals. L'aréopage mis sur ce podium des dix ans n'en demeure pas moins impressionnant. En cela, et malgré l'équivalence mathématique suggérée (10 programmes pour 10 ans), il tend moins vers un reflet « objectif » qu'il ne relève là encore d'un choix, d'un point de vue d'aujourd'hui sur ces années passées. Les éditions successives sont ainsi plus ou moins bien représentées, par dix films de l'année 1995 à un film pour 1990 et 1998 en passant par deux (1992, 1999), quatre (1996, 1997), six (1994), sept (1991), huit (1993). Cette subjectivité affichée a retenu, sur les quarante-six du programme, quinze films réalisés par des femmes. A chacun d'imaginer, en parcourrant tous les catalogues, sa propre sélection.
Ni reflet du court métrage français, ni synthèse de ses dix ans, cette sélection rétrospective est une manière pour le Festival de Pantin de se mettre en scène, et aussi d'affirmer, d'afficher encore et toujours des choix. C'est ce parti pris qui a permis à Côté court de s'imposer en moins de dix ans comme un des plus importants festivals de courts métrages. Chapeau bas !
Jacques Kermabon
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