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A travers les trois sociétés – Cinéma du Panthéon, Les Films de la Pléiade, Les
Films du Jeudi – qu'il créa respectivement en 1929, 1946, 1964, Pierre Braunberger
a produit près de quatre cents courts métrages. Cette production s'intensifia dans les
années cinquante et soixante où, conscient de la nécessité de renouveler le
paysage cinématographique, il participa aux premiers essais de Reichenbach,
Rivette, Varda, Resnais, Doniol-Valcroze, Godard, Truffaut, Rouch et de nombreux
autres. Il eut pour ces réalisateurs comme pour leurs aînés (Cavalcanti, L'Herbier,
Melville, Renoir, Allégret) une attention et une intelligence de tous les instants.
Le court métrage n'était pour lui ni une carte de visite, ni l'antichambre du long. Qu'il
s'agisse de films courts ou longs, Pierre Braunberger était stimulé par une rencontre,
une relation, et surtout par le désir de faire travailler les réalisateurs quelle que soit la
forme que prendrait cette collaboration. Pour l'anecdote, avant de produire ses
premiers films, il demanda à Godard d'écrire les commentaires d'une série de courts
métrages animaliers.
Sa force fut d'avoir touché aussi bien à la réalisation, à la distribution et à
l'exploitation (dans sa salle « Le Panthéon », il sortit en 1986 un programme de
courts métrages contemporains composé en concertation avec l'Agence du court
métrage), toujours en revendiquant son indépendance, et toujours au service des
films.
Une mémoire en courts est un regard sur celles et ceux qui ont oeuvré pour que soit
faite sa juste place au film court. Depuis sa création, l'Agence du court métrage n'a
cessé de mesurer l'héritage laissé par les Braunberger, Dauman, Tati et le Groupe
des Trente dont le manifeste de 1953 contre la disparition du court (il était alors
question de supprimer les courts métrages dans les salles) nous apprend beaucoup
sur le difficile accès de ces films au public tout au long de l'histoire du cinéma. Dans
cette déclaration signée entre autres par Braunberger, Franju, Kast et Resnais, on
pouvait lire ceci : « Personne n'aurait l'idée de mesurer l'importance d'une oeuvre
littéraire au nombre de ses pages, un tableau à son format. »
L'Agence pour le développement régional du cinéma, Les Films du Jeudi et l'Agence
du court métrage conjuguent leurs efforts afin de proposer aux salles de cinéma dans
les meilleures conditions (copies neuves, documents d'accompagnement,
interventions) ces films qui font partie de notre expérience imagée comme on parle
d'expérience lettrée à propos des livres.
Les neuf films produits par Pierre Braunberger qui inaugurent Une mémoire en courts
présentent une diversité de styles et de genres, de durées et de temps, tout en
rendant compte d'une volonté collective de faire des films dans un format court. Ils
constituent des traces de ce qui a été, de ce qui a été impressionné sur la pellicule et
de ce qu'a été la création cinématographique à cette époque.
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