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Dimanche 1er avril, 16h |
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A l'exacte intersection de la vidéo d'artiste (« prolongement audiovisuel d'une démarche plastique, etc. ») et du cinéma, il y a l'œuvre de Valérie Mréjen. Un chapelet de saynètes brèves, crues et lumineuses, qui, parfois agrémenté de textes précis et de photos couleur, a gagné peu à peu une place à part dans la création contemporaine ; nous reste à en définir les contours, tentative résolument délicate tant l'œuvre échappe à toute discipline, et impose au critique un vagabondage à travers chacun des discours « internes » propres aux domaines cloisonnés que la comète Mréjen se plait à traverser en chantonnant un air entêtant. Définition en creux donc, et par le contre-exemple.Tout le monde aujourd'hui est « rebelle » et ces masses de marginaux à qui on ne la fait pas se persuaderaient facilement, du fond d'un exil intérieur hyper-individualisé, qu'elles échappent à toute généralisation.
Elle n'a pas arrêté de critiquer l'allure de l'adolescente, « mal fagotée », renfermée. Cela dit, la petite l'aura compris, « elle dit ça parce qu'elle l'aime ». Fin.
Chacun erre donc, en cœur de cible esseulé, derrière des modèles sur mesure,
calibrés du fin fond de lofts spacieux par d'élégants « trend scouts », chasseurs de
tendance et sociologues d'urgence, chargés à prix d'or d'alimenter la fantasmagorie
douceâtre d'un consommateur intelligent et libre. Bref, ce monde séparé où « le vrai
est un moment du faux » refuse de toutes ses forces ses lieux communs.
Dans un espace social où tous, séparément, prétendent ne pas être dupes de
l'ensemble, difficile de dresser l'archétype, d'élaborer des « contes et proverbes »,
d'écrire la fable, sans sombrer soi-même dans la subjectivité capricieuse ou la
« tendance » esthétique du moment.
D'où la nécessité pour une artiste d'inventer au jour le jour une posture, un axe de
lecture cohérent et évolutif du monde qui l'entoure, quitte à tout reprendre à partir de
soi. C'est plus sûr. Valérie Mréjen l'a bien compris, et loin de toute complaisance
narcissique, c'est de son « prochain » qu'elle entreprend de se colleter avec le
lointain, l'universel.
Souvent, les tentatives d'inventaire des lieux communs se heurtent au mur de la
dénonciation sociologique, ou du comique distancié. Evoquer les travers du social,
en dépeindre les icônes (ce qui semble avoir été l'une des tâches de l'art) sans
sombrer dans le simple commentaire ou le relevé des symptômes n'est plus (faute
de réel) chose facile. Un devenir « Strip-Tease » du récit social nous menace.
Ça n'a pas été si agréable que ça. « Il a tourné sa langue dans ma
bouche ». Il a recommencé. Puis on s'est séparés. Fin.
Chez Valérie Mréjen, rien d'un quelconque exotisme sociologique ne vient distraire
de l'évidente justesse du trait. Ses films courts et pointus ne prétendent pas
s'arracher au réel en caméra portée, ni pourchasser l'excès aux confins des
banlieues grimaçantes du social. Mréjen reconstitue patiemment, en plan fixes et
réfléchis, en éliminant petit à petit toute trace documentaire d'un saisissement sur le
vif, la vérité intemporelle d'un échange. Un événement pur qui a, au moins une fois
pour chacun d'entre ses spectateurs, eu lieu.
C'est là précisément que la démarche de la vidéaste rencontre le cinéma. Le réel est
une chose trop rare et trop fragile pour être représenté par des « vraies gens ».
Valérie Mréjen le sait qui ne confie cette tâche qu'à de très proches parents ou à ces
acteurs neutres et sans affects dont le cinéma français a raffolé côté Davila,
Vecchiali, Biette ou Guiguet. Car il n'est pas question d'improvisation ni de laisser
exister en roue libre des cas sociaux livrés à leur propre empêchement ;
non, chez
Valérie, tout est écrit, tout doit être entendu clairement, distinctement, quitte à laisser
en route l'effet de réel « dogma » déjà mis à mal par la fixité impartiale de sa caméra
DV. Entre Warhol et Bresson, les acteurs mréjeniens (dont j'ai l'heur d'être) évoluent
en toute liberté mais dans le cadre strict du plan et d'un dialogue sans failles. Ce petit
théâtre à la transparence minimale ne supporte pas la trouvaille. Il a raison à la
longue.
On va enregistrer la chanson. Mais la dame ne cesse d'intervenir et la
petite fille n'arrive pas à en placer une. De toute façon, la dame arrête
l'enregistrement alors que la chanson n'est même pas finie : « Bravo ! ».
Fin.
Rien qu'un détail laissé au hasard, abandonné aux contingences véristes, mettrait en
péril la lisibilité absolue du lieu commun et le transformerait illico en symptôme, en
cas particulier. Ne demeure alors que la rumeur plus ou moins envahissante de la
ville, du monde extérieur, dernier rempart sonore avant l'abstraction totale.
La vieille dame apparaît et dit : « Au revoir ». Fin.
Valérie, elle, ne pleure sur rien, pas même sur le monde de l'Art ; elle sait que ce
serait par trop sous-entendre que tout n'est pas encore perdu, qu'une restauration
est encore possible (voire un simple arrêt sur image). Mais non, si l'artiste s'acharne
à désincruster ses vignettes d'un contexte socioculturel quel qu'il soit, c'est que cette
hétérotopie sans date, réduite à la plus petite fiction commune, est devenu le dernier
refuge du récit. Il ne suffit pas d'isoler un ready-made sociologique et de le diffuser
au musée sur un moniteur en boucle ; pour que les petites unités finissent par
éclairer le monde, la garantie documentaire ne sert de rien, il faut à Valérie en
contrôler et la provenance (c'est arrivé près de chez elle) et la fabrication (ça se sent
que c'est elle). C'est ça ou rien.
Et si, dans certaines séries vidéo de Valérie, on constate un recours obsessionnel à
l'enfance, c'est d'une enfance générique, hors génération, qu'il s'agit. L'enfance
comme catégorie face à l'adulte comme genre, au-delà de l'archéologie sentimentale
des « Deschiens ». S'il lui arrive aussi d'invoquer son enfance à elle (puisqu'elle l'a
là, sous la main), c'est pour la rétablir (« Mon Grand-Père ») dans sa blancheur
anachronique. Comme le dit l'artiste Pierre Huyghe, il est temps de se demander si le
cinéma peut encore faire Histoire ?
Non, il n'était pas au courant pour la fête. L'autre lui dit que c'est
dommage, qu'il avait plein d'invitations, que c'était très bien. « De toute
façon, je n'aurais pas pu y aller ». Fin.
En nettoyant son cinéma de poche du terrorisme des durées (elle fait court), du
dogme de l'effet de réel (elle tourne en caméra fixe), de la tyrannie des « vraies
gens » ; en chorégraphiant son réseau de familiers (acteurs ou pas) ; en installant ses
films en appartement-témoin (blanc) et en interdisant à tout contexte de venir signifier
en électron libre (épure), Valérie Mréjen réussit, le temps d'une vérité lumineuse et
fugace, à préserver le sens. Alors, et alors seulement, vidéo après vidéo, série après
série, une œuvre prend forme et finit l'air de rien, non pas par faire Histoire, mais par
ébaucher très concrètement, en vignettes vidéo à la modestie affûtée, quelque
chose comme un dit de la post-Histoire.
Vincent Dieutre
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Bouvet
1997 • vidéo • couleur • 1 min 35
Réalisation, scénario, image : Valérie Mréjen • Interprétation : Jean-Christophe Bouvet
Un personnage filmé de face prend des nouvelles d'un interlocuteur supposé à travers des formules d'usage ("quoi de neuf ? qu'est-ce que tu deviens ?", etc.)
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Au revoir, merci, bonne journée
1997 • vidéo • couleur • 1 min 50
Réalisation, scénario, image : Valérie Mréjen • Interprétation : Paulette Bouvet
Une vieille dame au sourire carnassier répète inlassablement "au revoir merci, bonne journée."
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Une noix
1997 • vidéo • couleur • 1 min 43
Réalisation, scénario, image : Valérie Mréjen • Interprétation : Judith Zins, Denise Schröpfer
Scène d'enregistrement d'une petite chanson entre une fillette et une dame.
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Tonie et Etienne
1997 • vidéo • couleur • 1 min 40
Réalisation, scénario, image : Valérie Mréjen • Interprétation : Tonie Marshall, Etienne Adelin
Un petit garçon rentre de vacances. A la table de cuisine, sa mère l'interroge sur son séjour.
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Michèle et Aurore
1997 • vidéo • couleur • 2 min
Réalisation, scénario, image : Valérie Mréjen • Interprétation : Michèle Moretti, Aurore Mréjen
Une mère donne quelques conseils de beauté à sa fille adolescente.
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Maïté et Philippe
1998 • vidéo • couleur • 2 min
Réalisation, scénario, image : Valérie Mréjen • Interprétation : Philippe Laudenbach, Maïté Maillé
Un père demande à sa fille comment elle va.
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Sympa
1998 • vidéo • couleur • 1 min 10
Réalisation, scénario, image : Valérie Mréjen • Interprétation : Lucia Sanchez
Une jeune femme raconte sa soirée de la veille.
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Anne et Manuel
1998 • vidéo • couleur • 2 min 15
Réalisation, scénario, image : Valérie Mréjen • Interprétation : Anne Consigny, Manuel Mazaudier
Un couple prend l'apéritif autour d'un guéridon.
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Jocelyne
1998 • vidéo • couleur • 2 min 10
Réalisation, scénario, image : Valérie Mréjen • Interprétation : Jocelyne Desverchère
Une jeune femme raconte une nuit d'amour.
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Huguette
1999 • vidéo • couleur • 3 min 08
Réalisation, scénario, image : Valérie Mréjen • Interprétation : Daniel Kenigsberg
Un homme assis dans un canapé parle de son amie Huguette.
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Comment aider votre mari à réussir dans la vie
1999 • vidéo • couleur • 3 min 23
Réalisation, scénario, image : Valérie Mréjen • Interprétation : Lise Lamétrie
Quelques extraits lus au public de "Comment aider votre mari à réussir dans la vie".
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Valérie
1999 • vidéo • couleur • 1 min 14
Réalisation, scénario, image : Valérie Mréjen • Interprétation : Valérie Donzelli
Une jeune femme raconte une déception amoureuse.
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Le Projet
1999 • vidéo • couleur • 1 min 54
Réalisation, scénario, image : Valérie Mréjen • Interprétation : Anne Consigny, Jocelyne Desverchère, Lucia Sanchez
Trois amies se réunissent pour une séance de travail.
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Il a fait beau
1999 • vidéo • couleur • 4 min
Réalisation, scénario, image : Valérie Mréjen • Interprétation : Edouard Levé, Maer Kamoun, Daniel Isoppo, Lise Lamétrie, Denise Schröpfer
Un jeune homme qui rentre de vacances raconte son séjour.
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Yves et Sylvia
1999 • vidéo • couleur • 4 min
Réalisation, scénario, image : Valérie Mréjen • Interprétation : Sylvie Debrun, Angela Pigeroulet
Une mère raconte à sa fille le week-end qu'elle a passé chez des amis à la campagne.
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C
1999 • vidéo • couleur • 1 min 30
Réalisation, scénario, image : Valérie Mréjen • Interprétation : Catherine Vinatier
Une jeune femme s'énerve à propos d'un truc.
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Scali / Margot
1999 • vidéo • couleur • 2 min 05
Réalisation, scénario, image : Valérie Mréjen • Interprétation : Scali Delpeyrat, Margot Abascal
Un jeune couple parle de ses projets de vacances.
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Des larmes de sang
2000 • vidéo • couleur • 2 min
Réalisation, scénario, image : Valérie Mréjen • Interprétation : Berthe Mréjen
Une femme assise sur un canapé se plaint du comportement de son mari.
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La Poire
2000 • vidéo • couleur • 45 s
Réalisation, scénario, image : Valérie Mréjen • Interprétation : Berthe Mréjen
Une femme assise sur un canapé se plaint du comportement de son mari.
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Elisabeth
2000 • vidéo • couleur • 3 min 19
Réalisation, scénario, image : Valérie Mréjen • Interprétation : Berthe Mréjen
Une femme assise sur un canapé raconte quelques souvenirs.
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Le Goûter
2000 • vidéo • couleur • 4 min 03
Réalisation, scénario, image : Valérie Mréjen • Interprétation : Mireille Roussel, Jérémie Elkaïm
Une jeune femme reçoit des amis pour un thé.
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Eric
2000 • vidéo • couleur • 2 min 42
Réalisation, scénario, image : Valérie Mréjen • Interprétation : Michèle Moretti, Daniel Isoppo, Jean-Paul Bonnaire
Trois amis discutent autour d'un verre de vin.
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Titi, ou Les Kiwis
2000 • vidéo • couleur • 1 min 27
Réalisation, scénario, image : Valérie Mréjen • Interprétation : Jocelyne Desverchère, Maer Kamoun
Un couple discute derrière une table.
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Marianne
2000 • vidéo • couleur • 1 min 38
Réalisation, scénario, image : Valérie Mréjen • Interprétation : Martine Thinières, Daniel Kenigsberg, Philippe Lebas, Christine Joly, Agnès Bourgeois, Charlotte Gosselin
Un groupe d'amis est réuni autour d'un repas.
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Blue bar
2000 • vidéo • couleur • 2 min 47
Réalisation, scénario, image : Valérie Mréjen • Interprétation : Scali Delpeyrat, Jocelyne Desverchère, Vincent Dieutre, Franck Gourlat, Edouard Levé, Chantal Osterreicher, Valérie Mréjen, Sophie Planet, Christophe Prébois, Eric Savin, Véronique Varlet
Des connaissances se croisent au cours d'un vernissage.
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